Réserve des Contamines-Montjoie : 40 ans au service du territoire

Depuis sa création en 1979, la réserve naturelle nationale des Contamines-Montjoie démontre qu’elle est un outil efficace de protection et développement du territoire et de ses habitants.

2019 est une année charnière pour la réserve naturelle des Contamines-Montjoie qui fête ses 40 ans tout au long de l’année. L’histoire commence dans les années 1970 avec la mise en place d’une politique active en faveur de l’environnement. Lors de l’élaboration de son premier plan d’occupation des sols, la commune des Contamines-Montjoie s’inscrit dans cette dynamique avec un triple objectif : assurer le développement mesuré d’une zone habitée en fond de vallée, favoriser une bonne utilisation du domaine skiable sur la rive gauche du Bon-Nant et préserver la qualité environnementale de l’autre rive. La réserve naturelle nationale des Contamines-Montjoie est officiellement créée en 1979 sur la bordure Sud-Ouest du massif du Mont-Blanc. « Exclusivement située sur la commune des Contamines-Montjoie, elle est la plus haute réserve de France et l’unique espace protégé européen du massif du Mont-Blanc », rappelle son garde, Geoffrey Garcel.

Une exceptionnelle richesse écologique

La réserve s’étend sur 5 500 ha (les deux tiers du territoire communal) entre le village à 1 100 mètres d’altitude et l’Aiguille Nord de Tré la Tête, culminant à 3 892 mètres d’altitude. Un dénivelé record de 2 800 mètres où l’on retrouve toute la richesse d’une nature montagnarde variée (forêts, prairies d’altitude, tourbières, zones d’éboulis et glaciers). Le site abrite plus de 660 espèces végétales dont 56 endémiques des Alpes, une trentaine rare et/ou protégée. Il recense aussi 270 espèces animales représentant toute la faune typique des Alpes. Parmi elles, le bouquetin qui avait disparu des massifs montagneux. Depuis sa réintroduction dans les années 70, les populations ont prospéré y compris dans la réserve naturelle. En 2018, dans le cadre du programme européen Alcotra Lemed_Ibex, douze individus ont été capturés et équipés d’un collier GPS afin d’enregistrer leurs déplacements. 2019 sera marquée par trois nouvelles captures et la mise en ligne d’un site internet permettant de suivre leur pérégrination. La chevêchette d’Europe est, elle, devenue la mascotte des Contamines-Montjoie et le porte-drapeau des espèces qui ont profité de ces 40 années de protection. De la taille d’un merle, elle est le plus petit des rapaces européens. Présente dans les forêts anciennes, elle témoigne d’un bon état du milieu et d’une gestion forestière raisonnée. « La création de la réserve a permis d’accroître les populations et de faire apparaître de nouvelles espèces », résume Geoffrey Garcel.

40 ans de protection

De par ses spécificités, la réserve constitue un terrain d’études scientifiques privilégié sur les espèces et les milieux alpins. L’environnement glaciaire couvre 20 % de sa superficie avec notamment le glacier de Tré la Tête, le troisième plus grand glacier de France et l’un des 166 glaciers alimentant les données du world glacier monitoring services (wgms.ch). Loin d’exclure les activités humaines, cette richesse écologique participe largement à l’attractivité de la commune. Les 130 km de sentiers qui sillonnent la réserve, dont le mythique tour du Mont-Blanc, sont fréquentés chaque été par plus de 100 000 visiteurs. « Depuis longtemps, les acteurs du territoire  – commune, chasseurs, propriétaires, professionnels de la montagne, agriculteurs… – ont appris à travailler ensemble de manière pragmatique et à développer des synergies pour mener à bien des projets », souligne Etienne Jacquet, le maire des Contamines-Montjoie. Par ailleurs vice-président de la communauté de communes du Pays du Mont-Blanc (CCPMB) et président de la commission environnement-santé, le premier magistrat des Contamines-Montjoie est convaincu de l’atout que représente la réserve : « c’est une richesse, une vitrine, un outil pour financer nos projets, sensibiliser et éduquer les jeunes générations à l’environnement ». Les 96 enfants du groupe scolaire Alexis Bouvard se sont ainsi fortement impliqués dans la rencontre internationale des espaces protégés alpins qui s’est tenue du 24 au 27 janvier 2019 aux Contamines. Outre les 40 ans de la réserve, cette rencontre a marqué la prise de fonction de la France en 2019 en tant que présidente de la Convention Alpine. Ce traité international pour le développement durable et la protection des Alpes a été ratifié en 1995 par les huit pays alpins (Allemagne, Autriche, France, Italie, Liechtenstein, Monaco, Slovénie et Suisse) et l’Union européenne.

L’Alpage de Jovet restauré

Préservation de l’environnement et de l’agriculture de montagne peuvent aller de pair. La restauration de l’alpage de Jovet en est une bonne illustration. Situé en plein cœur de la réserve naturelle sur une superficie d’environ 800 ha, cet alpage à fort potentiel pastoral était sous-exploité, avec une fermeture progressive du paysage, un appauvrissement de la faune et de la flore. Parmi les espèces alpines les plus symboliques touchées par cette dégradation, le tétras-lyre, qui a besoin, pour installer son nid et élever ses poussins, d’habitats en mosaïque composés de lande à myrtilles, pelouses pâturées, rhododendrons, bouquets d’aulnes verts. Asters a identifié l’alpage Jovet comme une zone d’intérêts pour le maintien et le développement du biotope du tétras-lyre. Le conservatoire des espaces naturels de Haute Savoie, gestionnaire de la réserve naturelle des Contamines-Montjoie a travaillé en partenariat avec la commune et l’association communale de chasse pour engager les travaux de restauration de l’alpage.

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Échanges et partages de bonnes pratiques

La rencontre internationale des espaces protégés alpins permet aux agents chargés de surveiller, animer, gérer les espaces protégés alpins de se retrouver pour échanger et partager les bonnes pratiques. Le thème retenu pour 2019? Le rôle des espaces protégés et de leurs agents dans la sensibilisation et la réappropriation de l’environnement montagnard par la jeunesse. Chaque pays de l’arc alpin a présenté des actions conduites dans ces espaces protégés, en matière de sensibilisation et d’éducation à l’environnement. Ce séminaire est organisé dans le cadre d’Interreg Youralps, un programme européen qui vise à renforcer le lien des jeunes au territoire alpin, en particulier par le biais des espaces protégés et en intégrant, à terme, le thème de l’éducation à la montagne.

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Le retour des troupeaux

Les différentes actions menées ont permis à une alpagiste de reprendre en 2018 l’alpage communal de Jovet. En pâturant, son troupeau de 150 brebis assure l’entretien et la pérennité de la qualité biologique de cet alpage. Pour pérenniser l’activité, la création d’un abri de berger représentant un investissement de 45 000 euros est en cours. Elle est portée par la commune avec l’appui d’Asters et de la Société d’économie alpestre (SEA 74). Les aides financières de la Région et du Feader (Europe) via le plan pastoral territorial, porté par la communauté de communes du Pays du Mont-Blanc (CCPMB) ont aussi été sollicitées. En parallèle, la réhabilitation d’habitats favorables à la reproduction du Tetras-Lyre a été engagée sur plus de 10 ha de lande à myrtilles. Elle est passée par une coupe manuelle de ligneux et débroussaillage à l’aide d’un broyeur télécommandé sur chenille qui ne dégrade pas le milieu et accède à des pentes jusqu’à 30 degrés. Les travaux réalisés cet automne pour la réhabilitation des habitats de reproduction du tétras-lyre et la réouverture de l’alpage s’élèvent à 34 000 €. Ils ont été financés avec des aides publiques (Europe, région, département, commune) et de la fédération des chasseurs de Haute-Savoie.

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