Le transport par câble est sur de bons rails

La France, berceau des entreprises pionnières du transport par câble, a longtemps restreint ce mode de déplacement à une utilisation ludique, sur ses domaines skiables. La recherche d’alternatives durables aux déplacements routiers modifie la donne. Les montagnards se réapproprient le câble.
Mairies des pays de Savoie N°234, daté du mois d’octobre, consacre un long reportage sur ce sujet (Vous pouvez commander ce numéro ou vous abonner).
Parmi les élus rencontrés, figurent Vincent Rolland, député de la 2e circonscription de la Savoie, et Philippe Mugnier, maire de Courchevel. Découvrez leur avis sur le sujet.

Vincent Rolland (député de la Savoie)

« Le sujet des ascenseurs valléens n’est pas dans la culture française. Quand on observe ce qui se passe à l’étranger, la question des déplacements par câble répond à plusieurs contraintes : l’entretien et la viabilité de la voirie, le développement durable et la prise en compte environnementale dans des milieux extrêmement sensibles aux modifications climatiques. Nous savons que les déplacements en véhicules à moteur thermique sont, pour partie, responsables de ce réchauffement climatique alors que le transport par câble est un transport propre. Au lieu d’avoir, le matin et le soir, des files continues des voitures du personnel saisonnier notamment qui montent ou qui descendent, ce type de déplacement me semble préférable. C’est aussi une manière de donner un coup de pouce aux fonds de vallées en les aidant à se développer et, surtout, c’est de créer du lien entre le bas et le haut des territoires, avec une continuité physique. »

Le câble pour remplacer la voiture ?

« Il faudra toujours déneiger et sécuriser les routes. Je ne vois pas, à moyen terme, comment soustraire les stations à la circulation des véhicules, mais en la limitant, en la diminuant, le coût d’entretien des ouvrages routiers diminuera et aussi l’empreinte environnementale. De plus, on évitera tous les désagréments de la conduite sur la neige ou dans des conditions difficiles. Je pense qu’il faut avancer sur ce développement des ascenseurs valléens. »

L’exemple de Bourg-Saint-Maurice

« À Bourg-Saint-Maurice, la particularité est que le train arrive au pied du funiculaire. Je suis vacancier : je pars de Paris en TGV, ou, je l’espère pour bientôt, en train de nuit, et j’arrive à Bourg-Saint-Maurice avec une continuité sur le rail. Avec le funiculaire, c’est zéro voiture pour accéder à la station des Arcs et à la montagne. C’est remarquable. Sur le plan environnemental, c’est un succès. »

Le projet Bozel – Courchevel

« Avec un ascenseur valléen au départ de Bozel, nous éviterons les milliers de voitures qui circulent chaque jour sur la route de Courchevel. Avec des capacités de stockage des véhicules à la journée, je pense que nous ferions un pas avant pour le confort des salariés et des travailleurs se rendant à Courchevel, en apportant une réponse à la difficulté de stationner en altitude, à la gêne pour le déneigement liée à la présence de toutes ces voitures en altitude. D’un schéma compliqué, nous passerions à un schéma vertueux. Par exemple, pour Bozel, ce serait l’opportunité de diminuer très nettement le nombre de voitures sur la route mais aussi d’associer un peu plus les communes entre elles au développement économique. À l’évidence, il y a un critère environnemental que je mets en numéro 1, un critère économique et un critère social. C’est l’archétype même du développement durable. Il vaut mieux avoir quinze pylônes et un câble fonctionnant à l’hydroélectricité plutôt que des milliers de voitures à moteur thermique chaque jour sur les routes. Prendre une remontée mécanique le matin pour aller travailler et redescendre le soir, à la condition d’avoir des amplitudes horaires adéquates, voire des appareils autonomes, c’est moins de stress et moins de contraintes que de déneiger sa voiture, d’emprunter une route très chargée sans savoir si j’arriverai à l’heure et où je me garerai une fois arrivé. Et pour les collectivités, il n’y aura plus l’obligation de construire des parkings, souvent très coûteux et déficitaires. Les deux communes sont d’accord. C’est un bon départ. La Société d’aménagement de la Savoie est missionnée pour réfléchir à la structure juridique à créer pour porter le dossier. La Région Auvergne-Rhône-Alpes a dit qu’elle participerait au financement, le département sera aussi présent. C’est un vrai enjeu d’avenir. Je salue la continuité des conseils municipaux. C’est très responsable. Sur un projet comme Bozel – Courchevel, il faut que les constructeurs proposent des produits innovants sur lesquels ils pourront s’appuyer pour d’autres marchés. Un projet dans les 3 Vallées sera toujours une belle carte de visite, un argument commercial indéniable. »

Opposition locale

« Pour éviter une opposition immédiate, il faut concerter, bien définir le tracé, limiter l’impact sur la forêt et, là où il est nécessaire de déboiser, quelles mesures compensatoires sont possibles pour replanter des arbres ou pour participer à un fonds charger de reboiser d’autres secteurs de la planète. Il faut s’engager dans des mécanismes sur-compensatoires pour démontrer que la dimension environnementale est vraiment intégrée et prise en compte. À nous, aussi, d’être vertueux en pensant global et en agissant local. »


Philippe Mugnier (maire de Courchevel)

« Depuis une vingtaine d’années, le sujet revient régulièrement, mais en termes de procédure, nous n’avons jamais été aussi loin et aussi près d’aboutir. Nous avons lancé une assistance à maîtrise d’ouvrage avec la Société d’aménagement de la Savoie (SAS) et au niveau technique l’étude de ligne est bien avancée. Le tracé irait de Bozel à Saint-Bon puis de Saint-Bon à Courchevel 1 550. Il faudrait compter 7 minutes de trajet avec des cabines 10 places, faciles à stocker dans les gares de départ et d’arrivée. Durant l’automne, nous organiserons une réunion avec les propriétaires fonciers pour les servitudes de passage et les cessions de terrain pour les pylônes. Sur la partie basse, il y a beaucoup de terrains privés. »

Le financement

« Le projet, estimé entre 16 et 20 millions d’euros, figure parmi les trois projets prioritaires pointés par le conseil régional Auvergne-Rhône-Alpes, à hauteur de dix millions d’euros. Le conseil départemental devrait nous confirmer son engagement pour trois millions d’euros. Il reste à estimer le niveau d’engagement de chaque commune et à envisager le mode d’exploitation. À titre personnel, je pense que ça ne peut passer que par l’engagement de la S3V, qui exploite déjà les remontées mécaniques de Courchevel. À six mois des élections, nous sommes en stand-by mais le sujet sera de nouveau d’actualité après les élections, s’il ne devient pas un sujet de campagne. »

L’intérêt

« Nous avons une route sur-fréquentée, notamment le matin par les saisonniers. Saint-Bon est seul chef-lieu des 3 Vallées qui n’est pas connecté par une remontée mécanique et, en ayant un esprit d’ouverture au sein de la communauté de communes, c’est une opportunité de développement pour Bozel. À Bozel, il faudra un immense parking attractif sinon ce sera dissuasif et à Courchevel il faudra prendre des mesures avec des tarifs de stationnement incitant les gens à se garer en bas de vallée. Les socioprofessionnels sont prêts à prendre en charge une partie du forfait de leur personnel saisonnier. Il peut y avoir accord entre les employeurs, les collectivités et les saisonniers pour que ça fonctionne. L’objectif est d’optimiser cette remontée mécanique alors que les coûts d’exploitation seront importants en raison de l’amplitude horaire souhaitée. C’est un projet important, qui va dans le sens de la mobilité douce et de la connexion des différents niveaux de la communauté de communes. Ce type d’équipement permettra d’apporter de la cohésion et du lien à l’ensemble du périmètre. Il faut une grande ouverture d’esprit et oublier les querelles de clochers. Nous avons appris à dialoguer ensemble. Pour une station comme Pralognan-la-Vanoise ce type d’appareil leur permet une ouverture sur les 3 Vallées, intéressante en termes de marketing. »

L’exemple de l’Alpinium

« Nous sommes en plein travail avec la S3V pour essayer d’ouvrir de 8h15 à 18h45 avec une participation de la collectivité. L’objectif est de permettre aux gens logeant au Praz et plus bas et aux skieurs à la journée de s’arrêter à l’Alpinium et de prendre les remontées mécaniques. À terme, je l’ai proposé à la S3V, j’aimerais que le forfait piéton soit gratuit, quitte à augmenter le forfait skieur, car payer 7 euros pour prendre une remontée mécanique, c’est dissuasif. L’idée est vraiment de donner un accès gratuit aux remontées urbaines pour diminuer le nombre de véhicules et de navettes sur la route. En optimisant le transport par câble nous diminuerons le nombre de ski-bus. Chaque année, la collectivité et la S3V financent ces navettes gratuites à hauteur 550 000 euros chacun. »