Claude André, ex-maire de Saint-Martin-sur-la-Chambre

Originaire de Saint-Martin-sur-la-Chambre, Claude André a siégé pendant près de 50 ans au conseil municipal, en tant que conseiller, puis adjoint et maire. Il a quitté ses fonctions tout juste après la réalisation d’un groupe scolaire et la restructuration-rénovation de la mairie.

Quel est votre parcours ?

Je suis né en 1946 à Saint-Martin-sur-la-Chambre, à la maison comme cela se faisait encore à l’époque. Mon père était double-actif : il travaillait à l’usine et à la ferme. Après des études à Albertville et mon service militaire que j’ai effectué à Grenoble, je suis venu m’installer à Saint-Martin où nous avons fait construire, avec ma femme, une maison. Au niveau professionnel, j’ai effectué toute ma carrière dans le monde de l’assurance, pour le compte de Groupama, ce qui m’a amené à sillonner au quotidien la Maurienne.

Dans quelles circonstances vous êtes-vous engagé dans la vie publique ?

Mon père avait été conseiller municipal et mon frère jumeau est adjoint au maire à Hermillon. Pour ma part, Henri Bargin, le maire de Saint-Martin, est venu me voir en 1971 pour me proposer de figurer sur sa liste. J’ai dit « pourquoi pas ? ». J’ai enchaîné trois mandats de conseiller avec lui et deux mandats d’adjoint chargé des travaux sous la mandature de Marcel Tronel. Quand Marcel Tronel a voulu arrêter, j’ai pris le relais.

Avez-vous exercé d’autres responsabilités ?

J’ai présidé le Sivom du canton de La Chambre pendant 15 ans. Le Sivom qui rassemblait les 14 communes du canton a été dissous au 1er janvier 2014 avec un transfert de la plupart de ses compétences à la Communauté de communes de canton de la Chambre (4C). Je quitte aussi la vice-présidence du Service départemental d’incendie et de secours (Sdis) au sein duquel j’ai représenté, durant 12 ans, les maires de Maurienne. J’ai adoré l’ambiance, la rigueur régnant au sein du Sdis.

Qu’avez-vous apprécié dans votre mandat de maire ?

C’est un rôle intéressant et j’ai apprécié les contacts avec les gens. Je venais en mairie quasiment tous les jours car il est important de suivre les dossiers. Mon meilleur souvenir est d’avoir pu marier ma fille.

Et ce que vous avez le moins aimé ?

Les incivilités, et les querelles entre habitants. Mon numéro de téléphone portable et celui des adjoints étaient affichés sur la porte de la mairie, de manière à ce que les gens puissent nous joindre en cas de problème. C’est important dans un village de montagne traversé par deux ruisseaux susceptibles de déborder. Cela ne signifie pas que l’on peut appeler à toute heure du jour et de la nuit parce que les routes n’ont pas été déneigées assez vite ou parce que le chien du voisin a déchiré un sac-poubelle. Il me semble que le rôle et les pouvoirs d’un maire seraient mieux cernés si tout le monde faisait un passage au sein d’un conseil municipal.

Quelle a été votre plus grande frayeur ?

Un bus qui transportait des enfants jusqu’à Saint-François-Longchamp a mordu l’accotement et s’est trouvé dans le vide. Il n’était pas possible de faire descendre les enfants sans le déséquilibrer. Tout le monde s’en est heureusement sorti sain et sauf. Je me souviens aussi d’avoir accueilli, à la maison, une famille, en panne de voiture, qui se rendait au milieu de la nuit, et dans la tempête, à Saint-François-Longchamp. La famille en question est redescendue dans la semaine pour nous remercier. Ce sont des moments qui font plaisir.

Pourquoi avez-vous décidé de ne pas vous représenter ?

J’ai 74 ans cette année. Si j’avais effectué un mandat de plus je l’aurais terminé à 80 ans, ce n’est pas possible. C’est pourquoi j’ai décidé cet été de ne pas me représenter.

Dans quel état d’esprit partez-vous ?

Sur ce mandat, j’ai réalisé la totalité du programme qui avait été annoncé, c’est une satisfaction. Je suis serein car l’ambiance est bonne. Nous avons travaillé jusqu’au bout et le conseil municipal était quasiment complet lors de ses dernières réunions. Je sais que la relève est assurée mais je ne me suis pas impliqué dans la campagne des municipales ni dans le programme de mes successeurs.

Si vous deviez brosser le portrait de la commune, qu’en diriez-vous ?

C’est une commune bien placée en termes d’implantation géographique, à proximité des stations, de Saint-Jean-de-Maurienne et très accessible, ce qui lui vaut une belle croissance démographique. La vie y est facile et agréable grâce notamment à la vitalité de la vie associative : la batterie-fanfare du Bugeon dont je suis membre (je joue du cor de chasse), le club amitié et loisir, un club de VTT qui entraîne les jeunes du canton et a d’excellents résultats puisqu’il est premier au classement en Savoie. Nous avons aussi un comité des fêtes qui se charge d’animations comme le boudin au four communal et la chasse aux œufs, organisée le lundi de Pâques. Ce jour-là, la commune offre un pain à chaque habitant afin de perpétuer une vieille tradition liée à un legs de terrain.

Quelles sont les activités déployées sur le territoire de Saint-Martin ?

Un foyer d’hébergement pour adultes handicapés géré par l’Association des parents d’enfants inadaptés (APEI) a été construit il y a une dizaine d’années. Les relations nouées sont bonnes et nous faisons en sorte d’intégrer au mieux ces nouveaux habitants à travers, entre autres, des sorties et des échanges. Un agriculteur est encore en activité sur le territoire communal ainsi que des artisans et commerçants : une chocolaterie, une boucherie chevaline, deux campings et un restaurant 1 étoile, le premier étoilé par le guide Michelin en Maurienne. La commune possède encore une microcentrale électrique gérée par un syndicat intercommunal à vocation unique créé avec Notre-Dame-du-Cruet. Cette centrale, dont nous venons de changer la conduite, constitue une source de revenus pour la commune grâce à la revente de l’énergie à EDF.

Quelles ont été vos principales réalisations ?

Nous avons rénové la salle des fêtes, sécuriser la traversée de la route départementale avec l’installation de feux tricolores, achever l’adressage des rues, installer des containers poubelles semi-enterrés, construit un nouveau pont d’une capacité de 30 tonnes (l’ouvrage existant était limité à 3,5 tonnes) pour l’accès au hameau de Villette. Enfin et surtout nous avons construit le groupe scolaire des Etoiles et nous achevons le chantier de rénovation de la mairie.

Quelle a été la nature des travaux réalisés ?

L’école était située au rez-de-chaussée de l’ancien bâtiment école-mairie, datant de 1953 et ne répondant plus aux normes. Avec l’aide du TDL de Maurienne (Territoire de développement local) et du CAUE de la Savoie, nous avons cherché plusieurs solutions d’amélioration. La première option de modernisation/agrandissement sur le site de la mairie, s’est avérée impossible, notamment pour des raisons foncières. L’option choisie a été de construire, dans le cadre du regroupement pédagogique avec Saint-Avre, une école élémentaire fonctionnelle sur un site plus central et plus accessible pour les enfants des deux communes selon un programme mis au point avec l’Éducation Nationale, en anticipant la possibilité d’accueil d’une 3e classe. Les réflexions préalables et les acquisitions foncières se sont déroulées de 2010 à 2012 et la mise au point du programme s’est faite en 2013. L’équipe de maîtrise d’œuvre A.D.G. conduite par l’architecte Dominique Giffon a été choisie pour la réalisation de ce projet remarquable au niveau architectural, paysager et environnemental.

Et la mairie ?

Les études et le chantier de l’école ont été réalisés entre 2013 et 2015. Ensuite, nous avons pu lancer le projet d’installation des services de la mairie au rez-de-chaussée en évitant les travaux lourds de mise en accessibilité. Nous avons travaillé avec la même équipe, ADG, pour descendre la mairie dans les anciennes salles de classe et réaménager l’étage en salle des archives. Le préau a été conservé et servira pour accueillir des événements ou cérémonies. L’école représente un investissement de plus de 2 millions d’euros.

Comment voyez-vous l’avenir de la commune ?

L’école accueille 122 enfants dont 55 à Saint-Martin. Des maisons qui étaient fermées sont vendues et/ou se rénovent. Ces évolutions traduisent une dynamique qu’il faut maintenir tout en la maîtrisant.

Avez-vous été tenté par une éventuelle fusion avec d’autres ?

Non. Je pense que les fusions n’apportent pas grand-chose. En revanche, je trouve que l’évolution de l‘intercommunalité va dans le bon sens. Depuis quelques années, la communauté de communes se charge de la collecte des ordures ménagères, de la gestion des milieux aquatiques et de la prévention des inondations (Gemapi), du portage des repas, de l’office du tourisme, de la halte-garderie… Nous avons à La Chambre une maison de retraite et une chambre funéraire. Ce sont des services importants pour la population.

Saint-Martin-sur-la-Chambre compte 566 habitants répartis dans 11 hameaux. Située au pied de la route conduisant à Saint-François-Longchamp et au col de la Madeleine, la commune s’étend sur un territoire de 469 hectares dont l’altitude oscille entre 600 et 1000 m. Son budget annuel est d’environ 800 000  euros en fonctionnement et 2 millions en investissement avec l’école.