Thérèse Lanaud, ex-maire de Le Bouchet-Mont-Charvin

Thérèse Lanaud a quitté la région parisienne pour venir s’installer, dans les années 1970, en Haute-Savoie. Son élection à la maire du Bouchet-Mont-Charvin, en 1998, a permis de ramener de la stabilité dans la gestion de la commune et d’impulser une dynamique.

Quel est votre parcours ?

Native de la Mayenne, j’avais trois ans quand mes parents sont arrivés en région parisienne. J’ai fait mes études d’infirmière à l’Assistance Publique – Hôpitaux de Paris. Je venais souvent voir ma sœur en Haute-Savoie. En 1971, je me suis installée à Annecy et, en 1980, au Bouchet-Mont-Charvin où nous avons pu racheter, avec mon mari, une vieille ferme que nous avons rénovée. Infirmière de bloc opératoire diplômée d’Etat, j’ai commencé à travailler à la Clinique Générale d’Annecy puis à l’hôpital d’Annecy jusqu’en mars 2008 où j’ai pris ma retraite.

Dans quelles circonstances avez-vous intégré le conseil municipal ?

En 1989, on m’avait proposé de figurer sur une liste aux municipales. J’ai accepté et nous avons été élus. Le maire qui avait l’ambition de créer une station de ski n’a pas réussi à finaliser le projet et a démissionné au bout de trois ans. Fort heureusement, des questions d’accès et de sécurité ont fait capoter cet aménagement car cette station de ski n’avait aucune chance de pérennité. Le premier adjoint a pris la suite jusqu’aux élections suivantes. En 1995, une partie de l’équipe sortante conduite par une femme s’est représentée. Et le conseil a de nouveau démissionné au bout de trois ans. La commune a été placée sous la tutelle de la préfecture, entre mai et octobre 1998 où de nouvelles élections ont été organisées.

Que s’est-il passé ?

Jean-Paul Amoudry, à l’époque sénateur de la Haute-Savoie, m’a incité à me lancer dans l’aventure. J’ai accepté car je suis autant attachée au Bouchet-Mont-Charvin qu’à ma Mayenne natale. C’est là que j’ai fait ma vie, que j’ai élevé mes enfants. La priorité c’était de stabiliser le conseil municipal pour pouvoir travailler dans la sérénité et la durée. Quand j’ai été élue, deux anciens maires siégeaient au conseil. Mais les choses se sont globalement bien passées et nous avons pu structurer la commune.

Qu’avez-vous apprécié dans votre mandat de maire ?

Tout m’a plu, j’ai appris beaucoup. Dans une petite commune, on touche à tout : fuites d’eau, chiens errants, intempéries, avalanches, accidents en montagne… Je n’étais pas seule, bien sûr, et j’avais la chance de pouvoir m’appuyer sur l’équipe mais il faut de la disponibilité, de l’engagement. Mes parents m’ont toujours appris que si on veut recevoir, il faut savoir donner. Ce principe m’a guidé dans ma vie professionnelle et ma vie d’élue.

Ce que vous avez moins aimé ?

C’est une fonction énergivore, chronophage. Les multiples réunions organisées en soirée étaient assez contraignantes pour moi. Il faut aussi rester en veille permanente et toujours s’adapter. Les évolutions impulsées par la loi NOTRe n’ont, par exemple, pas été simples à gérer.

Pourquoi avez-vous décidé de ne pas vous représenter ?

J’ai fêté mes 70 ans l’année dernière. Un nouveau mandat m’aurait conduit à 76 ans, ce n’était pas raisonnable. Nous avons fait beaucoup de choses durant les années passées mais la commune a besoin de sang neuf. Et personnellement, je vais retrouver une certaine liberté, davantage de temps à consacrer à ma famille et à mes amis.

Comment avez-vous assuré la transition avec vos successeurs ?

Je me suis concentrée jusqu’au bout sur les dossiers, à commencer par la préparation et le vote du budget 2020, sans me mêler des élections. Mais je suis confiante et sais que la relève est prête.

Si vous deviez dresser le portrait de la commune, qu’en diriez-vous ?

C’est une commune qui compte 50 % de résidences secondaires et qui dispose d’un grand territoire resté rural et agricole. Située à égale distance de Thônes et d’Ugine en Savoie, elle travaille régulièrement avec sa voisine de Serraval, notamment à travers un regroupement pédagogique en place depuis les années 1980. L’entente se concrétise dans d’autres domaines comme le nettoyage des réservoirs effectués conjointement par les employés communaux des deux communes.

Quelle a été l’évolution démographique ?

En 1980, nous comptions 123 habitants. Ce nombre a doublé sur 10 à 15 ans et désormais la population stagne. Pour maintenir notre démographie, nous rachetons dès que possible les vieilles bâtisses du chef-lieu et les transformons en locatifs. Dans le même esprit, nous avons mis l’accent sur l’embellissement (fleurissement, décoration de Noël…), l’animation de la commune et l’information des habitants via l’instauration d’un bulletin municipal annuel. Il y a encore beaucoup à faire dans ce domaine.

Quels sont les sujets sur lesquels vous avez travaillé ?

Ils ont été très nombreux. Nous avons élaboré et voté un plan local d’urbanisme. Ce document était indispensable : Le Bouchet-Mont-Charvin ne disposait même pas un plan d’occupation des sols alors que l’intercommunalité discutait déjà de plan local d’urbanisme intercommunal. Même si ce PLUI est resté à l’état de projet, il fallait que l’on soit en mesure de déterminer nos priorités d’aménagement. Lorsque je suis arrivée, la mairie n’était ouverte au public qu’une après-midi par semaine. Nous avons désormais 1,25 équivalent-temps-plein assurés par trois secrétaires que nous partageons avec Serraval. Cette organisation permet d’ouvrir la mairie au public tous les après-midi. Nous nous sommes aussi attachés à maintenir les activités présentes sur la commune.

Comment avez-vous procédé ?

Nous avons la chance d’avoir un hôtel-restaurant que nous sollicitons pour l’organisation des événements communaux. Nous nous sommes aussi mobilisés pour conserver les activités agricoles en rachetant et en rénovant les alpages pour les remettre ensuite en location. La commune rachète depuis longtemps des terres agricoles remembrées de manière à offrir une surface suffisante pour être exploitées. Cette politique a déjà permis de réinstaller une ferme de vaches laitières. D’autres alpages accueilleront bientôt un moutonnier et une chèvrerie.

Vous achevez le mandat avec l’inauguration des travaux de la mairie et de l’école

Nous avons toujours porté une grande attention à notre école car un village sans école perd beaucoup de son attrait. En 1980, Le Bouchet-Mont-Charvin ne comptait qu’une seule classe. Dans les années 2000, la hausse des effectifs a permis l’ouverture d’une deuxième classe que nous avons installée dans l’ancien réfectoire, tandis que la cantine était, elle, transférée dans la salle polyvalente. Les travaux que nous avons inaugurés en février ont porté sur la rénovation/restructuration et la mise aux normes de la mairie-école. Ils ont été engagés au terme d’une longue réflexion qui nous a permis de comparer deux options : réalisation d’un nouveau bâtiment ou réhabilitation de l’existant. Ils ont été conduits en lien avec la commune de Serraval qui planche aussi sur un projet de rénovation de son école, ce qui nous a permis de travailler avec le même architecte et le même économiste. Le chantier a été mené à bien sur une petite année scolaire.

Quel est le montant de l’investissement ?

Nous avons investi 452 500 euros avec des aides importantes de l’Etat, la Région et le Département. L’investissement comprend l’aménagement de la mairie dans deux appartements inoccupés, à l’étage, avec un élévateur pour l’accessibilité. Le déménagement de la mairie a libéré l’ensemble du rez-de-chaussée que nous avons rénové pour l’école. Se sont ajoutés un agrandissement de la cour et la création d’un préau.

Avez-vous des regrets ?

La téléphonie mobile. Je me suis bagarrée pour que Le Bouchet-Mont-Charvin sorte enfin de la zone blanche. Un permis de construire est acquis pour l’aménagement d’un pylône au col de l’Epine. Tout est prêt à l’exception d’une tranchée qu’Orange doit réaliser pour raccorder le fameux pylône au réseau électrique. Toutes mes relances sont restées vaines pour l’instant ce qui est vraiment problématique pour la vie quotidienne des habitants et pour les secours. Mais on nous a promis la téléphonie mobile pour le printemps 2020.

Comment voyez-vous l’avenir ?

Compte tenu de ce qui se passe dans les hautes sphères de la République, je crains que l’on veuille faire disparaître les petites communes rurales comme la nôtre. Les maires perdent l’essentiel de leurs prérogatives au profit d’intercommunalités de plus en plus grosses, ce qui nuit à la proximité avec les habitants. Les intempéries survenues en 2018 et qui ont coupé du monde la commune pendant quelques heures ont pourtant démontré à quel point la proximité des élus, des agents communaux est déterminante pour secourir et rassurer la population.

Le Bouchet-Mont-Charvin en bref

A l’origine appelée Le Bouchet de Serraval, l’ancienne paroisse est devenue, dans les années 1870, le Bouchet. Compte tenu des confusions liées la multiplicité des lieux portant le même nom, la préfecture lui a demandé en 1952 de compléter son nom. Mais ce n’est qu’en novembre 2013 que la procédure a été officiellement achevée. Avec 245 habitants, Le Bouchet-Mont-Charvin est la commune la moins peuplée de la communauté de communes des vallées de Thônes (CCVT). Son territoire qui s’étend sur 1852 hectares est essentiellement tourné vers l’agriculture et le tourisme de plein air. Son budget 2019 s’est élevé à 400 000 euros pour le fonctionnement, 854 000 euros en investissement