La der’ du préfet Lambert

Nommé préfet de la Haute-Savoie en novembre 2016, Pierre Lambert a quitté le département le vendredi 21 août. Sa dernière apparition publique, la veille, s’est déroulée en petit comité.

Pierre Lambert, préfet, et Christian Monteil, président du Conseil départemental, jeudi 20 août à Annecy.

Jeudi 20 août, trois rendez-vous étaient inscrits à l’agenda du préfet de la Haute-Savoie : la signature du Schéma départemental d’amélioration de l’accessibilité des services au public, une réception de départ avec le personnel de la préfecture et un temps convivial avec les forces vives du département. Soucieux de respecter les mesures sanitaires de lutte contre le Covid-19, la cérémonie en présence des élus et des autorités a finalement été annulée.
La signature du Schéma départemental d’amélioration de l’accessibilité des services au public unissant le Conseil départemental et la préfecture de Haute-Savoie a été l’occasion d’une dernière prise de parole en public, détendue et souriante. «Il s’agit de ma dernière signature en tant que préfet de la Haute-Savoie et je suis très heures que ce soit avec vous, en raison de nos relations personnelles excellentes et de l’excellence de la collaboration de nos services respectifs sur différents sujets. Nous avons réussi à nous accorder sur l’essentiel. Ce niveau de collaboration n’est pas le même partout», affirme le préfet Lambert au président Monteil, osant au passage une explication à cette bonne entente  «nos gênes respectifs». L’un est né en Corrèze, l’autre en Dordogne. Et au jeu des limites administratives des deux départements, les berceaux familiaux ne sont éloignés que de quelques kilomètres. Décidément détendu, Pierre Lambert fait référence à son accent du Sud Ouest, «toutefois moins marqué que celui du Gers», en référence au phrasé du nouveau Premier ministre, Jean Castex à qui il doit son départ. Le préfet Lambert sera officiellement à la retraite en mars 2021. Au moment de quitter son poste, il ne savait pas si la République fera de nouveau appel à lui. «Il se peut que la prochaine fois que vous lirez mon nom au Journal officiel, ce sera pour l’annonce officielle de ma retraite», pronostique-t-il dans un sourire, avant de rependre, plus sérieux «Presque quatre ans. Pour un préfet, c’est un privilège rare de rester aussi longtemps en poste et de voir avancer les dossiers.»
Christian Monteil savait, en rejoignant cette signature, qu’il tenait là la dernière occasion d’évoquer ses bonnes relations avec le préfet partant et le travail effectué ensemble. «Vous étiez à peine arrivé que vous aviez cette volonté, cette curiosité, d’aller à la rencontre des uns et des autres. Vous avez su conjuguer la relation avec l’économie, avec le social, avec l’environnement et une soif de culture et de connaissance de l’histoire, sans faire de bruit. Je n’oublierai pas la connivence qui a été la nôtre quand il a fallu saisir le président de la République sur le dossier du désenclavement du Chablais, lors de sa première visite à Evian. Vous aviez trois minutes avec le président Macron entre l’arrivée de l’hélicoptère et son entrée au Royal Resort d’Evian. Vous avez réussi à le sensibiliser et j’ai pu défendre ce dossier qui traînait depuis tellement longtemps. Je ne l’oublierai jamais, comme je n’oublierai jamais la dernière réception du président de la République dans la vallée de l’Arve pour le classement du massif du Mont-Blanc. Je l’ai un peu chahuté, même si ça ne se fait par trop, et c’est grâce à vous si nous avons pu mobiliser 200 millions d’euros pour la modernisation ferroviaire de la vallée de l’Arve», confie le président du Conseil départemental.
L’ex-préfet de Haute-Savoie est reparti avec un original cadeau offert par le patron du Département : une illustration très colorée des cantons de Haute-Savoie. «Je l’avais repéré dans votre bureau. Vous savez écouter et vous savez voir également» a expliqué Pierre Lambert, qui a prévenu qu’il reviendrait saluer Christian Monteil avant la fin de son mandat, en mars 2021. Le préfet, désormais hors cadre, a décidé de ne pas se morfondre en attendant la retraite… ou une nouvelle mission. Il a choisi de s’approprier une phrase d’Oscar Wilde sur le temps qui passe : «Il ne faut pas chercher à ajouter des années à sa vie, mais il faut ajouter de la vie à ses années