Vous prendrez bien un ZAN ?

la France consomme chaque année 60 000 hectares de zones naturelles.

Le Zan©, petit bonbon au réglisse, peut parfois donner de la tension. En matière d’urbanisme, le ZAN (Zéro Artificialisation Nette) va très certainement énerver, comme le laissent supposer les résultats d’une enquête OpinionWay présentée par la Fédération des Scot et l’Union Nationale des Aménageurs.

La consommation frénétique d’espaces naturels au profit du développement urbain, industriel ou commercial, avec les voiries afférentes, est une réalité pour tout citoyen adulte qui se replonge dans ses souvenirs d’enfance. Depuis quarante ans, la France consomme chaque année 60 000 hectares de zones naturelles. Soit l’équivalent du département de la Savoie tous les dix ans, ou de la Haute Savoie tous les sept ans. En quarante ans toujours, la population française a augmenté de 19 %, les espaces artificialisés de 70 %. Une situation évidemment pire dans un département qui a quasiment doublé sa population durant le même temps.
Freiner l’expansion urbaine est donc un objectif déjà ancien des Scot et des PLU. D’aucuns appuient mollement sur le frein. D’autres veulent faire piler la voiture. C’est le sens du concept de « Zéro Artificialisation Nette » fixé par le plan biodiversité de 2018. Ne plus consommer d’espaces agricoles, reconstruire la ville sur la ville, les commerces sur les commerces, limiter les nouvelles voiries ou au pire compenser intégralement chaque m² naturel consommé par un m² désartificialisé.

Des efforts, chez les autres !

L’enquête OpinionWay indique que stopper l’expansion urbaine est nécessaire pour 86 % des Français, et même 92 % chez les élus interrogés. Les mêmes sont à 83 et 91 % conscients que la transition écologique doit s’accompagner de changements importants dans les modes de vie. Voilà pour les grands principes.
Mais lorsque l’on demande aux Français quelle est la ville idéale, 54 % souhaitent des villes moins denses. 60 % veulent habiter de petites villes ou des villages. Et les mêmes sont à 72 % favorables à ce que les maires arrêtent de délivrer des permis de construire sur de nouveaux terrains, pour préférer à 80 % que l’on réhabilite tout ce qu’il est possible de remettre à neuf. Incohérence encore quand 49 % seulement sont favorables à la possibilité de construire des immeubles collectifs au milieu de pavillons (mais les jeunes y sont favorables à 59 %, contre seulement 40 % des retraités… Quand on a trimé pour acheter sa maison, on veut être tranquille…).
Les pouvoirs publics pourraient-ils réquisitionner des locaux sans dédommager leurs propriétaires ? 54 % de oui chez les 18/24 ans, 30 % au-delà de 65 ans. Là encore, selon que l’on cherche un logement ou que l’on a fini de payer le sien, le ressenti peut différer…

Un concept violent. A imposer ?

« Le Zéro Artificialisation Nette est un terme violent », souligne Michel Heinrich, élu vosgien président de la Fédération des Scot, à l’occasion de la présentation du sondage. « La loi SRU a déjà transféré la responsabilité de la sobriété foncière sur les élus. Là, nous avons l’impression d’un principe imposé par une technocratie ignorant ce qui s’est déjà fait, avec un risque de rejet si l’application de la ZAN était brutale ». La France est semble-t-il le pays d’Europe qui consomme le plus d’espace. Nos voisins Suisses ont une gestion beaucoup plus économe de leur territoire. « La France se saisit du sujet en retard, constate François Rieussec, président de l’Union Nationale des Aménageurs, et nous voulons nous fixer des objectifs très forts, à très court terme. Cela nous inquiète ».
Le concept de zone artificialisé est lui-même difficile à cerner précisément. Le potager d’une villa est compté dans la zone urbanisée au même titre que le parking du supermarché. « Il y a trente fois plus de biodiversité dans une haie que dans une monoculture agricole industrielle » dit François Rieussec. Lequel souligne aussi le risque majeur d’un blocage brutal de la consommation d’espace : une crise foncière et une augmentation forte des coûts du logement. Or, il faut à la fois loger les nouveaux habitants et accompagner la diminution régulière du nombre de personnes par logement (divorces, personnes âgées seules, etc.). La reconquête des logements vacants, la réutilisation des friches industrielles sont parfois des solutions, toujours complexes et coûteuses. « La sobriété foncière doit être abordée par la qualité de l’aménagement, et non par une approche comptable » conclut Michel Heinrich.