Confinement : Quel impact sur les villages et les petites stations de montagne ?

Les station-villages ont l’opportunité d’accueillir une population nouvelle.
(© OTI Haute Maurienne Vanoise)

Contraints de rester chez soi, enfermés pendant de longues semaines, le confinement n’a pas été vécu de la même manière par tous. Beaucoup d’urbains se sont retrouvés à l’étroit dans leur appartement sans possibilité de s’isoler réellement du reste de la famille et sans pouvoir profiter d’un extérieur aéré. Ceux qui ont pu s’échapper au grand air, dans la famille ou dans leur résidence secondaire, ont fait des jaloux.

Durant le confinement du printemps 2020, de nombreux résidents secondaires sont restés en station ou sont remontés dès l’annonce des mesures. De même, des touristes ont fait le choix de rester. Les communes qui ont bénéficié de cet afflux de population pendant le confinement sont faciles d’accès et proches des grands axes routiers. Ces personnes ont découvert les communes hors période touristique. Elles ont pu apprécier un confinement avec de l’espace, une qualité de vie et ont constaté que le télétravail était tout à fait envisageable avec les nouvelles technologies informatiques. Le confinement a fait émerger des envies de grands espaces, d’extérieurs, de jardin, de terrasse, de retour au local, au lien social, etc. La pandémie a conforté les aspirations à une moindre densité urbaine. Cette envie de se mettre « au vert » pourrait-elle les amener à changer de projet de vie pour leur famille ?

Une carte à jouer

Avant la crise du Covid-19, les communes supports de station ou les stations-villages constataient une perte de population depuis 10-15 ans. L’enjeu le plus important était de proposer des logements abordables aux jeunes et aux familles afin de limiter la fuite dans les vallées en raison du coût et de la rareté du foncier. Les élus affichaient clairement la volonté de maintenir la population au « village », voire de la développer afin de garantir un lien social à l’année.
Les communes touristiques situées à proximité des grands axes ont une carte à jouer pour accueillir une population en quête de renouveau. En effet, une commune habitée toute l’année peut développer une activité économique qui n’est pas totalement impactée par la saisonnalité touristique. L’objectif pourrait être de sédentariser les résidents secondaires et d’attirer les habitants des vallées.
De nombreux commerces ont joué le jeu durant le confinement en restant ouverts. De nombreuses initiatives ont été mises en place pour bien vivre cette période. Des communes se sont organisées pour laisser des accès au wifi ou ouvrir des espaces de co-working pour que les personnes qui télétravaillaient puissent le faire dans de bonnes conditions.

Quel impact sur les collectivités ?

La crise du Covid-19 a fait renaître l’envie des urbains de vivre à la montagne. Cette tendance est confirmée par la crainte d’être de nouveau confiné mais elle ne peut être que passagère si les communes n’ont pas la capacité d’offrir les services et équipements attendus par des citadins. La concentration d’équipements et de services offerts dans les pôles urbains ne peut se dupliquer en zone de montagne. Toutefois, le « suréquipement » lié au surclassement des communes touristiques peut pallier, en partie, ce manque.
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Cette possible arrivée de nouvelles familles permettrait de consolider les effectifs des écoles, de garantir une activité commerciale et économique annualisée et de créer une dynamique pour accueillir les touristes en toute saison.
Face à cet idéal de vie en maison individuelle, comment expliquer que l’objectif politique actuel est de se réapproprier les lits froids, de remettre sur le marché les biens vacants, de réhabiliter des logements vétustes, etc. afin d’être vertueux plutôt que de proposer des formes urbaines consommatrices d’espace répondant cet idéal. Cette réflexion a lieu depuis quelque temps afin de limiter l’impact sur l’environnement lors de l’élaboration des documents d’urbanisme.

S’approprier les nouvelles habitudes

La façon d’habiter est elle-même interrogée. L’habitation est devenue un lieu de vie, de travail, d’apprentissage et de détente. De nombreux particuliers ont pris le parti d’agrandir leur habitation afin de la rendre plus « vivable », d’organiser un bureau chez eux, après le premier confinement, afin d’anticiper un nouveau mode de vie.
L’enjeu des urbanistes, sociologues, géographes, architectes, etc. qui accompagnent les élus sera de se réinterroger sur les différents dogmes qui nous guident dans la production urbaine depuis des décennies.
L’enjeu pour les élus va être de réinventer les communes de montagne pour qu’elles ne soient pas seulement un terrain de jeux mais un lieu de vie en mutation.