Un plan et quelques millions pour la montagne

Jean Castex, Premier ministre, jeudi 27 mai à Bourg-Saint-Maurice.
Le Premier ministre était accompagné de quatre membres de son gouvernement : Bérangère Abba, Joël Giraud, Alain Griset et Jean-Baptiste Lemoyne.

Jean Castex a choisi la haute vallée de Tarentaise pour dévoiler les grandes lignes du futur plan « Avenir Montagnes » dont l’objectif est d’accompagner « les territoires de montagne vers une offre touristique résiliente et durable, adaptée aux spécificités de chaque massif ». L’État, qui s’engage sur 150 millions d’euros, fait appel aux régions pour un co-financement équivalent.

A Bourg-Saint-Maurice, jeudi 27 mai, Jean Castex est revenu sur les échanges « virils mais corrects » qui l’avaient opposé aux élus et aux professionnels de la montagne française dès l’annonce de la non-ouverture des remontées mécaniques en décembre 2020. Le Premier ministre a rappelé les 5,4 milliards d’euros d’aides d’urgence et de relance versés aux entreprises et aux collectivités, tout en reconnaissant qu’il existe encore « des trous dans la raquette ».

Selon Jean Castex, le plan « Avenir Montagnes répond à l’ambition d’un tourisme durable et résilient à travers trois axes : Favoriser la diversification de l’offre touristique et la conquête de nouvelles clientèles ; Accélérer la transition écologique des activités touristiques de montagne ; Dynamiser l’immobilier de loisir et enrayer la formation de « lits froids ». Au total, le plan Avenir Montagnes représente une mobilisation de plus de 640 millions d’euros de crédits publics pour la montagne, générant près de 1,8 milliard d’investissement dans ces territoires. En particulier, le gouvernement lance le fonds « Avenir Montagnes » doté de 331 millions d’euros comprenant un volet de soutien à l’investissement de 300 millions d’euros visant l’émergence de projets touristiques en lien avec les trois axes du plan et un volet d’accompagnement de 31 millions d’euros consacré à l’accompagnement en ingénierie des territoires qui en ont besoin ».

Aux 181 millions d’euros engagés par l’Etat, s’ajoutent 150 millions de co-financement des six régions montagneuses de France ainsi que 125 millions de la Banque des territoires pour le financement, sur cinq ans, de foncières engagées dans des projets de lutte contre les « lits froid s».

« Nous allons également soutenir l’investissement des entreprises du tourisme de montagne, notamment en matière d’infrastructures, en facilitant l’accès des opérateurs à la poche de prêts sur fonds d’épargne de la Caisse des Dépôts. A cet effet, un système de garantie sera mis en place pour la Caisse des Dépôts sur sa section générale afin que les entreprises puissent effectivement bénéficier de l’enveloppe de 500 millions d’euros pour financer sur le très long terme des projets d’infrastructures touristiques. Ce dispositif a été instauré dans le cadre du plan tourisme, mais faute de garantie, très peu mobilisé. D’où l’annonce faite ce matin, dont nous estimons qu’avec l’effet de levier sur le financement privé, elle devrait générer de l’ordre de 200 millions d’euros au bénéfice des équipements touristiques de la montagne », complète le Premier ministre.

Les professionnels de l’aménagement de la montagne, qui figurent parmi les désormais fameux « trous dans la raquette » espéraient mieux. Ils font, pour l’instant, bonne figure car un engagement a été pris de se revoir à la rentrée pour vérifier la réalité de l’effet d’entraînement de cette annonce.

Très attendue, une courte phrase de Jean Castex, en presque fin d’intervention, a rassuré les défenseurs d’une transition réfléchie du modèle économique actuel.  « Bien entendu, je tiens à affirmer que le ski, dans toutes ses dimensions, restera une activité majeure. (…) Pour donner la pleine mesure à ce plan, il est également essentiel de promouvoir la destination montagne, et de la rendre accessible au plus grand nombre, notamment aux plus jeunes. Nous allons donc augmenter de 2 millions d’euros par an, de 2021 à 2024, les moyens consacrés par Atout France pour promouvoir la destination montagne tout au long de l’année », explique Jean Castex.

Le N°248 du Magazine des Mairies des Pays de Savoie, dont l’arrivée chez les abonnés est programmée mi-juillet, accordera une large place au sujet, ainsi qu’aux réactions des élus des vallées.
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Le plan montagne sur le site du gouvernement :
https://www.gouvernement.fr/avenir-montagnes-5-mdeu-pour-soutenir-les-acteurs-de-la-montagne

« LE PLAN DE RELANCE ENVISAGÉ EST PLUTÔT POSITIF »

Jean-Luc Boch, maire de La Plagne Tarentaise, président de l’Association nationale des maires de stations de montagne, que pensez-vous des annonces du Premier ministre ?
Tout n’est pas parfait puisqu’il s’agit d’une ébauche, mais nous avons entendu beaucoup de choses positives. Il faut savoir dire merci au gouvernement quand des situations évoluent. Les sommes annoncées sont là. Le plan de relance envisagé est plutôt positif.

Le Premier ministre annonce qu’il y a encore des « trous dans la raquette » et qu’ils seront comblés et compensés. Ce n’est pas fait, mais c’est une avancée de reconnaître qu’il reste des situations sans solution.A quelles professions pensez-vous ?
Il y avait de loupés sur l’immobilier de loisir. Ces situations sont prises en compte avec la création d’un groupe de travail pour avancer et faire des propositions sur les dossiers sensibles dont celui des « lits froids ». Les coiffeurs installés en altitude ne sont pas indemnisables et pas indemnisés. Ils n’ont droit à rien. Leur cas doit être pris en compte. Il faut que les investissements soient conséquents sur les territoires pour que les fournisseurs puissent survivre à cette crise. Nous avons besoin d’une mise en œuvre concrète sur le terrain.

Que vous inspire le fait que la place centrale du ski soit évoquée par Jean Castex ?
Enfin ! Tout le monde a enfin compris qu’il faut arrêter de dénigrer une activité qui fait venir des vacanciers à la montagne. Aujourd’hui, le modèle économique demeure basé sur le ski. Avant de détruire ce qui fonctionne, commençons par l’améliorer.


PLUS DE 5,4 MILLIARDS DÉJÀ VERSÉS À LA MONTAGNE FRANÇAISE

Selon les services du Premier ministre, au 27 mai, l’Etat avait déjà versé « plus de 5,4 milliards d’euros d’aides d’urgence et de relance » aux entreprises et territoires de montagne.
Les mesures d’urgence (4,6 milliards) sont allées au soutien à la trésorerie des entreprises (2 milliards), aux exploitants de remontées mécaniques (480 millions d’euros), aux salariés bénéficiant du chômage partiel (535 millions) et aux communes (36 millions) au titre du dispositif de garanties des recettes fiscales. Elles sont 1176 dans ce cas. Les prêts garantis par l’Etat (PGE) sont comptabilisés dans ces mesures d’urgence (1,6 milliard), bien que remboursables par les entreprises.
Dans le cadre du plan de relance, les entreprises de zones de montagne ont bénéficié d’une enveloppe de 330 millions d’euros sous forme de prêts et d’investissement de bpi france et de la Banque des territoires. Pour les collectivités territoriales de montagne, les différentes dotations d’investissements et de soutien à l’ingénierie dépassent les 480 millions d’euros.
Selon les services du Premier ministre, « Avenir Montagnes, c’est 650 millions d’euros de soutien public générant 1,8 milliard d’euros d’investissement dans les territoires. »


LE PLAN « AVENIR MONTAGNES » EN 14 MESURES

Mesure 1 : Lancement d’un fonds « Avenir Montagnes » doté de 331 millions d’euros comprenant un volet de 300 millions d’euros, cofinancés avec les régions, pour soutenir les investissements en lien avec les axes du plan, et un volet de 31 millions d’euros d’accompagnement à l’ingénierie des territoires qui en ont besoin pour monter ce type d’investissements.

Mesure 2 : Mise en place d’un point d’entrée unique au niveau local pour accompagner les acteurs de la montagne dans l’accès aux dispositifs de soutien.

Mesure 3 : Mobilisation du prêt tourisme au profit des acteurs de la montagne.

Mesure 4 : Mobilisation de la garantie de la Caisse des Dépôts pour faciliter l’accès des opérateurs aux prêts relance tourisme sur fonds d’épargne et à l’enveloppe de 500 millions d’euros qu’elle propose.

Mesure 5 : Soutien aux « colos apprenantes » en montagne.

Mesure 6 : Négociation d’un accord national de tarifs préférentiels pour les établissements organisateurs de séjours montagne pour enfants.

Mesure 7 : Lancement d’une initiative pour jumeler les écoles et les établissements scolaires de la montagne avec ceux du reste du territoire.

Mesure 8 : Création d’un nouveau prêt subordonné pour les opérateurs du tourisme social de taille intermédiaire.

Mesure 9 : Renforcement des actions de promotion de la destination montagne toute l’année par Atout France à hauteur de 8 millions d’euros de 2021 à 2024.

Mesure 10 : Lancement d’un appel à manifestation d’intérêt France Mobilités pour accompagner en ingénierie les solutions de mobilités durables, innovantes et de proximité du premier et dernier kilomètre (parmi lesquels les projets de création d’ascenseurs valléens).

Mesure 11 : Faire de la biodiversité un atout du développement touristique local par l’aménagement et la restauration de 1 000 km de sentiers de montagne, ainsi que par la protection de la biodiversité dans une démarche de valorisation.

Mesure 12 : Mobilisation du fonds Tourisme durable vers les territoires de montagne à hauteur de 8 millions d’euros.

Mesure 13 : Instauration pour le tourisme de montagne d’une cessibilité du droit de préemption du preneur commercial en cas de local loué au bénéfice de nouvelles foncières dédiées pour conserver les hébergements en résidences de tourisme en gestion active. La Banque des Territoires y contribuera à hauteur de 25 millions d’euros de fonds propres par an pendant 5 ans dans le cadre de tours de tables diversifiés.

Mesure 14 : Lancement par Atout France d’un appel à manifestation d’intérêt France Tourisme Ingénierie financé par la Banque des Territoires pour stimuler et accompagner les opérations de rénovation des copropriétés et des résidences de tourisme en station.