Initié après le Grenelle des violences conjugales de 2019, le déploiement des Maisons de protection des familles de la gendarmerie permet un accueil et un accompagnement plus humains des victimes de violences intrafamiliales, en particulier des enfants. Mercredi 7 janvier, l’inauguration des travaux d’extension de la MPF de Savoie, à Challes-les-Eaux, a permis de mesurer le bienfondé du dispositif.

L’objectif de la création des Maisons de protection des familles (MPF) de la gendarmerie est d’offrir un point d’entrée unique vers les acteurs de la prise en charge et de la protection des victimes (enquêteurs, institutions judiciaires, associations…). Les gendarmes spécialisés de la MPF sont un appui apprécié par les équipes des brigades territoriales.
En Savoie, la Maison de protection des familles est installée dans les locaux de la gendarmerie de Challes-les-Eaux. Implantée depuis 2023, la structure a bénéficié de travaux d’extension et de modernisation. L’inauguration symbolique de cet aménagement, mercredi 7 janvier, a permis de mettre en lumière l’engagement de la gendarmerie pour une meilleure prise en charge des victimes de violences intrafamiliales.
Chaque année, les gendarmes spécialisés de la MPF réalise près de 300 auditions de victimes, majoritairement des mineurs. « C’est beaucoup ! C’est une audition par jour de l’année », souligne l’une des militaires de la MPF de Savoie. Construits dans l’enceinte de la gendarmerie de Challes-les-Eaux, les locaux sont situés dans un petit bâtiment annexe. Au rez-de-chaussée, les bureaux sont un lieu de passage obligé, mais c’est à l’étage que les auditions se déroulent. Dans un petit salon à la décoration soignée, les militaires accueillent les victimes en civil pour faciliter le dialogue. « Les victimes savent qu’elles sont dans l’enceinte de la gendarmerie. L’uniforme n’est pas nécessaire. C’est différent quand nous intervenons à l’hôpital de Chambéry où l’uniforme permet de nous identifier car il y a plus de monde au côté de la victime », précise une gendarme de la MPF.
« LA FORMATION DES GENDARMES EST ESSENTIELLE À L’APPARITION DE LA VÉRITÉ »
S’ils sont moins connus que leurs collègues des pelotons de haute montagne (PGHM) ou des pelotons de surveillance et d’intervention (PSIG), les gendarmes de la MPF endossent un rôle important. De fait, cette mise en lumière est méritée. « Il y a un sentiment de fierté », assure la colonelle Mélanie Dubuis, commandante du groupement de gendarmerie de la Savoie, soulignant « la triple ambition de la Maison de protection des familles : la protection des victimes, la prévention des violences intrafamiliales et le soutien aux brigades territoriales de la gendarmerie ». Selon elle, spécifiquement formés, les gendarmes de la MPF, le plus souvent des femmes, font preuve « d’une qualité d’écoute essentielle des victimes. Leur expertise est importante pour accueillir des personnes qu’il est parfois très difficile d’approcher et de rassurer ».
« La lutte contre les violences et la prise en compte des victimes est l’affaire de tous : gendarmes, élus, associations et institutions judiciaires. Beaucoup d’auditions sont organisées, beaucoup d’enquêtes sont ouvertes, avec la volonté de traiter les dossiers de bout en bout. La qualité des locaux participe, un peu, à atténuer la douleur », complète le général de brigade Jérôme Servettaz, officier adjoint de commandement de la région Auvergne-Rhône-Alpes.
Procureur de la République de Chambéry, Xavier Sicot salue « un outil de travail d’un très grand intérêt pour l’accueil de personnes vulnérables. Dans un lieu distinct de la brigade, les victimes ont la possibilité de libérer la parole face à des personnels formés. La qualité de travail d’audition est très importante. La formation des gendarmes est essentielle à l’apparition de la vérité ».
« METTRE EN LUMIÈRE CETTE SPÉCIFICITÉ DE LA GENDARMERIE »
La mission de la MPF va au-delà de la prise en charge et de l’écoute des victimes. Hélène Bigot, présidente du tribunal judiciaire de Chambéry, souligne « le travail de prévention auprès des jeunes, en matière de violence, de harcèlement, de cyber-harcèlement. Les gendarmes de la Maison de protection des familles sont des collègues extrêmement précieux au service de la population ».
Préfète de la Savoie, Vanina Nicoli pointe l’importance du mot « maison » dans le nom de la nouvelle structure : « C’est une maison. Nous entrons dans un appartement plutôt que dans le bureau d’un gendarme. Les victimes sont accueillies dans un environnement qui ne constitue pas un facteur de stress supplémentaire ».

La Maison de protection des familles de la gendarmerie est la partie visible d’un réseau de prise en charge très dense, notamment par « l’action remarquable, organisée et partenariale de tous. L’engagement des communes du Sivu traduit ce que les maires rencontrent comme situations. Au quotidien, les maires sont les capteurs de cette détresse ». Et la préfète de promouvoir le rôle de la gendarmerie dans la prise en compte des victimes de violences intrafamiliales : « Cette humanité, cette technique, cette écoute ne sont pas données à tout le monde. Nous devons mettre en lumière cette spécificité de la gendarmerie ».
LES COMMUNES ACCOMPAGNENT LA GENDARMERIE
À Challes-les-Eaux, la création d’une nouvelle gendarmerie et le développement de nouveaux outils, dont la Maison de protection des familles (MPF), doivent beaucoup à l’engagement des élus locaux. Depuis 1995, onze communes du secteur sont réunies au sein du syndicat intercommunal à vocation unique (Sivu) pour l’accompagnement des missions de la gendarmerie.
La création du Sivu a été motivée par la nécessité de mobiliser et financer le foncier nécessaire à l’installation d’une nouvelle gendarmerie à Challes-les-Eaux, en 1998. Doté d’un budget de 800 000 euros en 2025 (fonctionnement et investissement), le Sivu représente « un engagement concret et durable des communes au coté de la gendarmerie », souligne Joséphine Kudin, adjointe au maire de La Ravoire, présidente du Sivu de gestion de la gendarmerie. Après l’extension de la gendarmerie, en 2018, la structure intercommunale a participé à l’installation de la MPF. En 2023, 190 000 euros ont été investis, portés à parts presque égales par la gendarmerie nationale (52 %) et les collectivités locales (48 %).
« Cette maison est un lieu identifié, apaisant, adapté à l’accueil des victimes. Il s’agit d’un lieu d’écoute, de conseil et de protection. La MPF est une réponse humaine et efficace à une réalité douloureuse », assure Joséphine Kudin.

