Archive – Qu’est-ce qu’une Solution fondée sur la nature?

Les Solutions fondées sur la nature (SFN) sont un concept novateur qui séduit par son caractère à la fois mobilisateur (centré sur des solutions concrètes) et pragmatique (orienté vers l’action). Apparu en 2009 grâce à l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN), le concept de Solutions fondées sur la nature a depuis gagné en précision et en popularité.

Lors du Congrès mondial pour la nature de 2016, une définition officielle a été adoptée : « Des actions visant à protéger, gérer de manière durable et restaurer des écosystèmes naturels ou modifiés pour relever directement les enjeux de société de manière efficace et adaptative, tout en assurant le bien-être humain et en produisant des bénéfices pour la biodiversité. »

Cette définition met en lumière deux caractéristiques essentielles.

  1. La nature des actions, reposant sur le bon fonctionnement des écosystèmes. Il peut s’agir de préserver les écosystèmes et leurs fonctions ; gérer durablement ces écosystèmes ; restaurer des écosystèmes dégradés.
  2. La préservation de la biodiversité. Elle est nécessaire mais insuffisante. Les Solutions fondées sur la nature visent aussi à répondre à six défis sociétaux majeurs (lire l’encadré).

ACCOMPAGNEMENT DES COMMUNES POUR DES SOLUTIONS DURABLES ET RÉSILIENTES

Les Conservatoires d’espaces naturels des Savoie (CEN Savoie et Haute-Savoie) accompagnent les communes dans l’intégration des Solutions fondées sur la nature (SFN) dans leurs politiques locales. Partenaires de terrain, les CEN apportent leur expertise pour identifier, concevoir et mettre en œuvre des projets visant à préserver, gérer durablement et restaurer les milieux naturels. Ces actions améliorent le cadre de vie des habitants et renforcent la résilience des territoires face aux risques naturels tels que les inondations, glissements de terrain ou sécheresses.

Les SFN s’appuient sur le bon fonctionnement des écosystèmes pour protéger populations et infrastructures, offrant une véritable assurance naturelle. Longtemps perçus comme des ressources à exploiter ou des sources de risque à maîtriser, de nombreux écosystèmes ont été dégradés. Les avancées scientifiques en écologie, notamment sur les zones humides, ont montré leur rôle essentiel dans le stockage de l’eau et l’atténuation des événements extrêmes.

La restauration des milieux favorise également le retour d’une biodiversité riche et équilibrée, tout en offrant aux habitants des espaces de détente et de ressourcement, essentiels à leur bien-être.

Avec les SFN, les CEN des Savoie aident les collectivités à réduire les risques tout en conciliant développement local, qualité de vie et préservation de la biodiversité.

LES SIX DÉFIS SOCIÉTAUX DES SFN

  • Atténuation et adaptation aux changements climatiques
    Les SFN contribuent à réduire les émissions de gaz à effet de serre et à s’adapter aux effets du changement climatique. Par exemple, les zones humides agissent comme des puits de carbone en stockant le CO₂, tandis que la végétalisation des villes limite les îlots de chaleur.
  • Prévention des risques naturels
    Les écosystèmes jouent un rôle protecteur naturel contre les catastrophes. Les forêts limitent les glissements de terrain, les mangroves réduisent l’impact des tempêtes, et les zones humides contribuent à absorber les crues. Ces solutions naturelles offrent une protection durable et économique face aux risques naturels.
  • Amélioration de la santé
    Des écosystèmes sains améliorent la qualité de l’air, de l’eau et des sols. La présence d’espaces verts favorise le bien-être mental et physique. De plus, des écosystèmes préservés réduisent le risque de transmission de maladies zoonotiques (ex. : pandémies issues du contact avec des animaux sauvages).
  • Sécurité alimentaire
    Les pratiques agricoles respectueuses de la biodiversité améliorent la fertilité des sols et la résilience des cultures face aux aléas climatiques. Les SFN soutiennent une agriculture durable qui garantit des récoltes stables et diversifiées, tout en préservant les pollinisateurs et les ressources en eau.
  • Approvisionnement en eau
    Les écosystèmes naturels régulent le cycle de l’eau. Les forêts, les zones humides et les prairies filtrent et stockent l’eau, réduisant ainsi le risque de sécheresse et d’inondation. Les SFN permettent de sécuriser l’accès à une eau potable de qualité.
  • – Développement socio-économique
    En s’appuyant sur les écosystèmes, les SFN génèrent des emplois durables, notamment dans l’écotourisme et l’agriculture. Elles favorisent également l’innovation et l’économie circulaire, tout en renforçant la résilience des communautés locales.

L’EXEMPLE DE LA RENATURATION DES COMMUNAUX DE CHINDRIEUX

Le marais des communaux de Chindrieux (60 hectares) fait partie de la vaste zone humide de Chautagne. Souhaitant mettre en œuvre un ambitieux projet d’intérêt général, la commune de Chindrieux, propriétaire de la parcelle anciennement cultivée en maïs, a mobilisé l’expertise du Conservatoire d’espaces naturels de Savoie (CEN).

Le projet de restauration a été réalisé à partir de l’automne 2019. Il s’est agi du décapage de la couche minérale de surface, et de l’utilisation de celle-ci pour boucher 22 kilomètres de fossés drainants, dans le but de stopper la dégradation de la tourbe. Des mares ont été creusées, des haies plantées et un couvert végétal adapté a été reconstitué (en 2020). L’objectif d’un tel projet est de retrouver un fonctionnement optimal de la zone humide d’un point de vue hydrologique et écologique, et de trouver une valorisation agroenvironnementale qui soit compatible avec la nature et le degré d’humidité du sol.

Le projet de restauration a été réalisé à partir de l’automne 2019. Il s’est agi du décapage de la couche minérale de surface, et de l’utilisation de celle-ci pour boucher 22 kilomètres de fossés drainants, dans le but de stopper la dégradation de la tourbe. Des mares ont été creusées, des haies plantées et un couvert végétal adapté a été reconstitué (en 2020). L’objectif d’un tel projet est de retrouver un fonctionnement optimal de la zone humide d’un point de vue hydrologique et écologique, et de trouver une valorisation agroenvironnementale qui soit compatible avec la nature et le degré d’humidité du sol.

©Chautagne-Drone

La restauration a permis l’élévation du niveau moyen de la nappe de 27 centimètres sur l’ensemble de la parcelle. Cette élévation est principalement marquée au cours de l’année de la fin de l’automne à la fin du printemps où la tourbière peut de nouveau être totalement saturée et stocker plus d’eau. Au-delà de la meilleure rétention de l’eau dans ce vaste champ d’expansion des crues du Rhône, que l’on on peut estimer à près de 415 millions de mètres cubes lors des crues décennales, la saturation en eau du sol permet d’assurer la conservation de la tourbe qui constitue un stock de carbone de plus de 13,8 millions de tonnes. Le projet a permis la réduction de plus de 87 % des émissions de gaz à effet de serre à l’échelle de la parcelle.

Parallèlement, les modalités de restauration mises en œuvre, avec l’utilisation de semences locales (processus maitrisé par le CEN Savoie), ont permis une réponse rapide et spectaculaire de la flore. Pour la faune, même si l’ensemble des cortèges faunistiques que l’on pourrait attendre ne sont pas encore complets, la diversification des habitats a permis une amélioration des conditions d’accueil des espèces.