Maire d’Aix-les-Bains depuis la démission de Dominique Dord en 2018, Renaud Beretti a été réélu en 2020 et il préside la communauté d’agglomération Grand Lac. Parmi les nombreux dossiers sur son bureau, la reconversion des anciens thermes nationaux et le transfert de l’hôpital à Grésy-sur-Aix.
Entrevue parue dans le magazine Mairie des pays de Savoie n°274 – Octobre 2024

Comment avez-vous vécu ce début de mandat ?
La pandémie, qui nous a absorbés pendant un an et demi, nous a ramenés à l’essence même de la fonction de maire : protéger sa population. Après la crise sanitaire, nous avons été confrontés à la crise énergétique. Le plan d’économie d’énergie que nous avons mis en place comprend une batterie de mesures, depuis l’arrêt des ordinateurs le soir, le calorifugeage financé par les primes CEE (certificats d’économie d’énergie) ou encore le remplacement des chaudières fioul par des chaudières gaz ou bois. L’objectif du plan LEDS, que nous avons fixé avec notre opérateur Citeos, est de parvenir à 50 % d’économie à la fin du mandat, ce qui est beaucoup au regard du nombre important de points lumineux que compte la ville.
Quelles sont les autres pistes d’économies ?
Nous sommes aussi très attentifs à nos consommations d’eau. Nous avons modifié la fontaine de la place de la mairie qui n’avait pas de caractère patrimonial pour faciliter le travail des agents et économiser l’eau à hauteur de 50 %. Nous avons investi dans un réservoir qui se remplit d’eau pluviale collectée par les jardiniers pour l’arrosage des espaces publics. Et nous utilisons de plus en plus des oyas, ces pots en céramique microporeuse qui laissent progressivement échapper l’humidité nécessaire.
Quels ont été les impacts financiers de la crise sanitaire pour Aix-les-Bains ?
Le Casino Grand Cercle, dont la Ville est actionnaire et dont les recettes sont liées aux jeux, a subi une perte équivalant à 4 millions d’euros durant la période Covid. Outre la crise sanitaire et la crise énergétique, nous avons été victimes de deux cyberattaques. L’Agence nationale de la sécurité des systèmes d’information nous a beaucoup aidés pour sortir de cette situation.
Nous avons dû investir pour sécuriser toutes nos infrastructures (serveurs, ordinateurs…). Depuis, nous sommes devenus aussi exemplaires que possible sur ces sujets et organisons désormais une conférence annuelle, CyberAix qui rassemble des spécialistes de la sécurité informatique. Malgré cette situation, nous avons pu instituer un plan pluriannuel d’investissement sans augmenter les taux d’imposition et sans créer de taxes nouvelles, alors que nous aurions pu majorer jusqu’à 60 % la taxe d’habitation sur les résidences secondaires. La mesure aurait inclus les meublés touristiques qui constituent un élément clé de la vie thermale aixoise. La maîtrise des charges de fonctionnement, le non-recours à l’emprunt en 2022 et en 2023 nous ont permis de désendetter la Ville tout en poursuivant nos investissements de manière volontariste.
« La sécurité est un de mes marqueurs politiques »
Quelles ont été les principales réalisations ?
L’Agence régionale de santé nous avait classé en zone orange, le niveau précédant immédiatement le désert médical, car notre population augmente et le nombre de médecins diminue. Nous avons acheté, pour un million d’euros, des locaux que nous avons revendus pour l’ouverture d’un centre de santé Médéor. L’activité a commencé avec cinq médecins ainsi que différents professionnels de santé. Le centre aixois est celui qui fonctionne le mieux au sein du réseau Médéor, ce qui confirme qu’il y avait un besoin important.
Aix-les-Bains est la première collectivité à mettre en place une Maison de la Parentalité et des Familles (MDPF) avec le soutien de la Région et de la Caisse d’Allocations Familiales. Gérée par une association, dans des locaux que nous louons et avec la mise à disposition d’un agent, cette MDPF apporte une aide et des conseils aux parents qui ont des difficultés ou souhaitent mieux accompagner leurs enfants dans leur éveil, selon la théorie des 1 000 premiers jours portée par le docteur Anne Raynaud.
Et en matière de sécurité ?
La sécurité est un de mes marqueurs politiques. J’ai quadruplé les effectifs de la police municipale, créé une brigade nocturne, une brigade moto, déployé plus de 140 caméras sur le domaine public. Complémentaires au travail effectué par la police nationale, ces mesures nous ont permis d’enregistrer une baisse de 8 % de la délinquance depuis 2020. En janvier, nous avons lancé une application citoyenne « Thelma » qui permet aux Aixois de signaler toutes les améliorations qu’ils souhaitent apporter.
Quels sont les équipements dans lesquels vous avez investi ?
Dans le domaine du sport, nous avons effectué des travaux sur la piste d’athlétisme et le siège social du club, les courts de tennis, un terrain de rugby et de football avant de créer un pump track – skate park, disponible dès cet automne. Nous accompagnons aussi les clubs de basket, de voile, d’aviron dans leurs projets d’aménagement… Avec le Cisalb, présidé par ma collègue Marie-Claire Barbier, nous avons remis à jour la rivière du Tillet qui n’avait pas revu la lumière depuis un demi-siècle et créé un lieu de villégiature pour les promeneurs. Nous avons confié la réalisation du mobilier aux travailleurs handicapés de l’APEI – Les Papillons blancs. Nous réalisons une liaison verte entre la ville et le lac, en trois tranches. Le parcours se terminera avec des jeux d’enfants sur l’esplanade et une piste de draisienne pour les plus petits. Ce parcours est ponctué par un mobilier insolite, ludique, fabriqué par un artisan ferronnier d’art et une balade des cinq sens imaginée par nos jardiniers.
Comme le bois Vidal que nous avons livré à la fin du mandat précédent, il s’agit de rendre les lieux accessibles à tous, de sorte que les gens puissent se les réapproprier.
Nous sommes en train de rénover un restaurant scolaire à Franklin avec du bois des Alpes et une centrale photovoltaïque en toiture. Celle du centre équestre va être, elle aussi, équipée de panneaux dans le cadre de notre plan solaire, ainsi que le parking Daniel Rops. La piscine olympique extérieure d’Aqualac, sur le territoire aixois mais gérée par Grand Lac Agglomération est désormais équipée d’une couverture thermique.
Quelles sont les ambitions de ce plan solaire ?
Le plan climat adopté par Grand Lac prévoit de porter la production d’énergies renouvelables sur le territoire d’ici 2030 de 210 GWh à 451 Wh. À la Ville comme à la communauté d’agglomération, nous prévoyons d’équiper tous les bâtiments dont l’armature le permet. La centrale villageoise Eau & Soleil du Lac a installé des panneaux photovoltaïques sur le complexe associatif de Puer à Garibaldi. Nous allons aussi équiper le toit du centre aquatique. En parallèle, nous avons initié un plan d’investissement de plus de 6 millions d’euros « Je rénov’ Grand-Lac » afin de financer les études des bailleurs sociaux, copropriétés et propriétaires privés qui voudraient se lancer dans la rénovation énergétique de leurs bâtiments.
« Les Jeux olympiques de 2030 pourraient accélérer le calendrier »
Où en êtes-vous de la reconversion des anciens thermes nationaux ?
Au bout de dix années de complexité, j’ai signé le permis de construire pour ce projet central. Les premiers travaux préparatoires à la déconstruction ont commencé sur la tour Mabileau datant des années 1970. La Ville a racheté les thermes Pelligrini, le groupement Bouygues – Société d’aménagement de la Savoie étant propriétaire des thermes Petriaux. Cette double opération englobe la construction d’un parking, de logements, de commerces, l’aménagement d’une médiathèque, d’un centre de l’architecture et du patrimoine, et la réimplantation d’une partie des services municipaux, d’associations et de l’office du tourisme que nous avions dû reloger.
Quels sont les autres chantiers à venir ?
La rénovation du musée Faure avec la création d’une orangerie pour les expositions temporaires, une refonte des espaces, l’intégration d’outils virtuels pour faire davantage de médiation culturelle.
Nous voulons aussi réaménager la halle et moderniser le marché, créer un parking en silo sur le secteur des Prés Riants pour desservir le marché et la partie basse de la ville.
Enfin, j’ai obtenu le feu vert de l’Agence régionale de santé pour le transfert de l’hôpital d’Aix, de ses différents services et de ses Ehpad à Grésy-sur-Aix. Ce projet est à horizon de dix ans mais les Jeux olympiques de 2030 pourraient accélérer le calendrier. Il sera réalisé à l’emplacement de la caserne des pompiers, datant de 1973 et qui sera détruite. Le premier coup de pioche de la nouvelle caserne a été donné le 2 mai, dans le cadre d’un cofinancement à 50 % Conseil départemental et 50 % Grand Lac.
Où en êtes-vous de la rénovation urbaine de Marlioz ?
Le programme est porté par Grand Lac avec un accompagnement opérationnel municipal pour le relogement des habitants et la réalisation des infrastructures. Il comprend la déconstruction complète de la barre de la cité – le plus ancien bâtiment de l’Opac de la Savoie à Aix-les-Bains – qui n’était plus aux normes. Les matériaux ont été réutilisés dans une matériauthèque assez exemplaire, tandis que nous avons conservé les gravats pour, après leur broyage, réaliser les voiries qui desserviront les immeubles construits dans les prochaines années. La place basse a été réalisée, pour donner une centralité au quartier et sécuriser l’accès des enfants à l’école de Marlioz rénovée en début de mandat. L’Opac achève la rénovation des immeubles conservés qui ont été équipés de balcons pour un confort supplémentaire et dont les baignoires ont été remplacées par des douches plus adaptées (personnes âgées, personnes à mobilité réduite…) dans ce quartier que nous avons rebaptisé les Hauts de Marlioz.